CYCLISME
Denis Robin raccroche le vélo au clou
Après six saisons passées dans le peloton professionnel, l'Erimûrois Denis Robin, coureur de Roubaix Lille-Métropole, a décidé de mettre un terme à sa carrière. Entretien.
Pourquoi avoir décidé de raccrocher le vélo à seulement 29 ans ?
Denis Robin : « C'est le fruit d'une longue réflexion. Depuis ma chute sur le Circuit de la Sarthe en 2005 (N.D.L.R. : fracture du fémur, des 2e et 3e vertèbres cervicales), je n'ai pas retrouvé toute ma confiance. J'ai toujours des appréhensions au sein du peloton. Chez les amateurs, celles-ci s'estompent un peu car je pallie cette crainte par mon physique. Mais chez les pros, où le niveau est plus élevé, ça devient trop compliqué. Voilà pourquoi j'ai décidé d'arrêter. »
Est-ce que la non-reconduction de votre contrat avec Roubaix Lille-Métrpole a accéléré votre réflexion ?« Non. Cette idée m'a déjà traversé l'esprit en début de saison. Je me suis dit : « Si je ne marche pas, si ça ne revient pas, j'arrête. » Et puis, ma saison fut difficile, même minable. Malgré mes efforts, la peur d'évoluer dans le peloton est toujours présente. J'ai eu des contacts avec l'équipe qui va se créer à Monaco, celle de Stéphane Heulot (N.D.L.R. : sur les bases de Super Sport 35) et d'autres groupes amateurs. J'ai pesé le pour et le contre. La réponse m'a paru évidente. »
Pourquoi ?« J'aspire à plus de stabilité. J'ai besoin de retourner à la réalité, de profiter de ma famille qui va s'agrandir. Car, il faut l'avouer, le sport professionnel, c'est un monde de paillettes. J'ai besoin de m'évader de tout ça. Attention, je ne critique pas le milieu. J'en ai bien profité. Je ne regrette rien. »
Quel bilan tirez-vous de votre carrière ?« Je crois que j'étais un bon amateur (N.D.L.R. : il a remporté sept succès en 2004). Malheureusement, je n'ai pas prouvé grand-chose dans le giron professionnel, certainement à cause de cette chute. C'est le destin. »
Cette chute du 6 avril 2005, sur vos routes d'entraînement (à Epiré), doit être le pire souvenir de votre parcours.
« Oui, surtout que j'étais en pleine ascension. Après, j'ai vainement attendu le déclic. Finalement, je relativise. Je vois la vie autrement. Mon grand regret, c'est de ne pas avoir été champion de France amateur (N.D.L.R. : il fut médaillé d'argent en 2004 derrière Christophe Riblon, aujourd'hui professionnel chez Ag2r - La Mondiale). Malgré la déception qu'elle a engendrée, cette deuxième place reste tout de même un bon souvenir, tout comme mon titre de vice-champion de France de la course aux points en 2000. »
Cela ne doit pas être les seuls...« Non, bien sûr. Il y a cette échappée sur le Critérium international (N.D.L.R. : en mars 2005, il porta le maillot à pois de meilleur grimpeur). Et cette 7e place sur la Route Adélie en avril dernier. À ce moment-là, je croyais que la machine était relancée... »
Alors c'est sûr, vous allez ranger votre bicyclette au grenier ? « Non, je vais toujours faire quelques balades avec les potes. Mais pour la compétition, c'est vraiment fini. Je vais pouvoir en profiter pour faire du VTT, de la course à pied, du badminton et cætera. Bref, tout ce qu'on ne peut pas faire quand on est pro. J'ai toujours besoin de challenge. On ne peut pas quitter le milieu du sport comme ça. »
Professionnellement, quels sont vos projets ?« Je vais passer un brevet d'état dans le cyclisme afin de travailler dans l'événementiel. Après, ce n'est pas un choix arrêté. J'ai également un BTS froid et climatisation, donc j'ai plusieurs cordes à mon arc. »
Propos recueillis par Benoît LÉGER